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Déficit public de la France depuis 1974, par président
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Le déficit public de la France est de 5,1 % du PIB en 2025

Déficit public de la France depuis 1974 : solde annuel en % du PIB et comparaison entre présidences.

🔎 Le déficit en bref

  • 🏛️ Par présidence — de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron, le solde public en % du PIB, année par année, et son niveau moyen sous chaque président.
  • 📉 Des déficits récurrents — 56 années sur 67 se sont soldées par un déficit depuis 1959, le plus profond étant de −8,9 % du PIB en 2020.
  • 📜 Trois phases dans le pilotage du déficit — un solde positif jusqu'en 1973, puis des chocs subis (1974-1980), le plafond de 3 % devenu la référence (1981-2008), et des crises de plus en plus fortes avec un retour sous 3 % de plus en plus long (depuis 2008).
  • 🌍 Comparaison avec l'Europe — depuis 2000, la France fait partie des pays de la zone euro dont le solde public s'est le plus durablement dégradé, l'Allemagne offrant le contraste le plus net.
  • 📊 Dépenses et recettes depuis 1950 — un pilotage très majoritairement par les dépenses, qui ne baissent jamais, pendant que les recettes suivent le PIB de près et servent de levier plus ponctuel.
  • 🧮 Méthode et sources — données INSEE (comptes nationaux, base 2020) et règle de calcul des moyennes par présidence.
Le déficit public de la France, présidence par présidence Solde public de la France en pourcentage du PIB depuis 1959, année par année et moyenne par présidence, de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron

data : INSEE (comptes nationaux annuels, base 2020) · calculs et graphique : france-inflation.com

Trois phases dans le pilotage du déficit

Chaque maximum local du déficit visible sur le graphique est presque toujours le contrecoup d'une crise économique : le PIB et les recettes ralentissent ou reculent, pendant que les dépenses, elles, ne suivent pas à la baisse. La seule exception est 1981, qui n'est pas une réponse à une crise mais l'application volontaire du programme commun PS/PC. Autre régularité : les crises sont aussi, très souvent, l'occasion d'augmenter les prestations sociales — un mécanisme déjà à l'œuvre en 1968.

Jusqu'en 1973, un solde positif — puis des chocs subis (1974-1980)

  • Pendant les Trente Glorieuses, le solde public reste positif ou proche de l'équilibre.
  • Mai 1968 — les accords de Grenelle augmentent fortement les prestations sociales : SMIG +35 %, salaires +10 %, semaine de 40 heures, hausse des allocations familiales et du minimum vieillesse, baisse du ticket modérateur.
  • Mai 1974 — sous-estimation initiale. Jacques Chirac, nommé Premier ministre, sous-estime d'abord le premier choc pétrolier : le solde du commerce extérieur passe d'un excédent de 7 milliards de francs à un déficit de plus de 30 milliards en un an, l'inflation grimpe de 7,3 % à près de 14 %. Un premier plan de freinage (Fourcade) est suivi d'un virage à 180 degrés.
  • Février 1975 — le plan de relance Giscard. Il mobilise environ 46 milliards de francs en deux volets (prêts bonifiés, aide fiscale, investissements publics, 15 000 fonctionnaires supplémentaires), un choc budgétaire de 2,3 points de PIB. Le déficit atteint 2,9 % du PIB — mais l'essentiel n'est pas un choix : la croissance, prévue à +4,2 %, s'effondre à −0,9 %, ce qui explique à lui seul 1,6 à 2 points de déficit par effondrement des recettes ; l'effet net du plan lui-même n'est que de 0,9 à 1,3 point. Pour un gain estimé a posteriori (OFCE) de seulement 1,2 point de croissance et 160 000 emplois, le plan échoue sur ses deux objectifs : le chômage continue de grimper (2,8 % fin 1974, 3,6 % en 1975, 4,0 % en 1976) et l'inflation n'est quasiment pas infléchie, obligeant la France à sortir du serpent monétaire européen en mars 1976. La crise s'accompagne aussi d'un renforcement de la protection sociale : l'accord UNEDIC de 1974 crée la « garantie de ressources », qui indemnise les licenciés économiques à hauteur d'environ 90 % de leur salaire net pendant un an.
  • 1976-1980 — le plan de Raymond Barre vise le retour à l'équilibre et l'atteint presque, avec un déficit ramené à −0,4 % du PIB en 1980.

1981-2008 — le 3 % remplace le zéro

  • 1981 — l'exception : pas une crise, un choix politique. L'arrivée de François Mitterrand ne répond à aucun choc économique : c'est l'application du programme commun PS/PC porté par le gouvernement de Pierre Mauroy — SMIC +10 %, retraite à 60 ans, semaine de 39 heures, 5e semaine de congés payés. Les dépenses passent de 48,0 % à 54,2 % du PIB entre 1980 et 1985.
  • Mars 1983 — le tournant de la rigueur : Pierre Mauroy change l'objectif, qui n'est plus de revenir à l'équilibre mais de ne pas dépasser 3 % du PIB. Ce plafond devient la référence, y compris européenne, avec les critères de Maastricht (1992).
  • 1991-1993 — retournement économique (dans le sillage des taux allemands post-réunification) : le PIB et les recettes ralentissent, mais les dépenses continuent de monter, en partie mécaniquement (plus de chômage indemnisé), jusqu'à un déficit record de −6,4 % en 1993.
  • Le déficit revient presque à l'équilibre dès 2001 (−1,4 %).
  • 2002-2003 — nouveau creusement : les recettes stagnent (+1,8 %, à peine plus vite que les prix) pendant que les dépenses restent hautes, autour de 54 % du PIB.

Depuis 2008 — des crises de plus en plus fortes, un retour sous 3 % de plus en plus long

  • 2007 — Sarkozy, TEPA et RGPP. Nicolas Sarkozy est élu en mai 2007 sur un programme de réformes (« mettre fin à l'impuissance publique »). La loi TEPA défiscalise les heures supplémentaires et instaure un bouclier fiscal plafonnant les prélèvements directs à 50 % du revenu. Côté dépenses, la Révision générale des politiques publiques (RGPP) engage la première grande revue de dépenses transversale, qui supprimera près de 150 000 emplois dans la fonction publique d'État sur le quinquennat.
  • Automne 2008 — la crise financière. Les recettes fiscales stagnent dès 2008 puis chutent massivement en 2009 (IS, TVA) : perte cumulée d'environ 60 milliards d'euros sur 2009-2010 par rapport à 2007, au-delà même du coût du plan de relance. Le gouvernement choisit de ne pas compenser cette perte, la laissant jouer son rôle de stabilisateur automatique. Le plan de relance 2008-2009, ciblé sur le soutien aux entreprises (investissement, trésorerie) plutôt que sur la demande générale, est exécuté et arrêté dans les délais prévus — sans dérapage de coût, contrairement aux plans de 1975 et 1981. Le déficit plonge néanmoins à un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale : PIB −2,7 %, recettes −3,0 %, dépenses +3,9 %, portées aussi par la création du RSA en juin 2009 (remplace le RMI, versements de revenu minimum +28 % cette année-là, INSEE). Il faudra huit ans pour repasser sous 3 % (2,8 % en 2017).
  • 2020 — pandémie de Covid-19, le même schéma amplifié : PIB −4,7 %, recettes −5,0 %, dépenses qui accélèrent (+6,3 %) avec le chômage partiel massif et les aides d'urgence aux entreprises et aux ménages (« quoi qu'il en coûte »). Le déficit atteint environ 8,9 % du PIB.
  • Cinq ans plus tard, en 2024, il reste à 5,8 % du PIB, sans être repassé sous 3 % avant que d'autres chocs ne s'ajoutent (remontée des taux d'intérêt, instabilité politique depuis 2024).

Un pays comparable montre que cette trajectoire n'a rien d'inévitable : l'Allemagne, partie du même niveau d'endettement que la France en 2000, a fait revenir sa dette sous 60 % du PIB avant chaque crise récente, quand la dette française a continué de grimper sans interruption depuis 2008 — voir le cas allemand, et la comparaison des soldes publics ci-dessous.

Solde public moyen par présidence

Président Période Solde annuel moyen (%PIB) Pire année (%PIB) Années prises en compte
Charles de Gaulle 1959–1969 +0,3 % −1,4 % (1968) 10 ans
Georges Pompidou 1969–1974 +0,0 % −0,3 % (1971) 5 ans
Valéry Giscard d'Estaing 1974–1981 −1,4 % −2,9 % (1975) 7 ans
François Mitterrand 1981–1995 −3,3 % −6,4 % (1993) 14 ans
Jacques Chirac 1995–2007 −2,9 % −5,1 % (1995) 12 ans
Nicolas Sarkozy 2007–2012 −5,5 % −7,4 % (2009) 5 ans
François Hollande 2012–2017 −4,3 % −5,2 % (2012) 5 ans
Emmanuel Macron 2017–2027 (en cours) −5,1 % * −8,9 % (2020) 10 ans

Solde des administrations publiques (capacité ou besoin de financement) en % du PIB : un nombre négatif est un déficit. Moyenne arithmétique des soldes annuels ; l'année où un président en remplace un autre compte pour moitié chacun.
* Mandat en cours : la moyenne inclut les prévisions grisées sur le graphique pour les années dont les comptes ne sont pas encore publiés ; elle sera révisée à chaque publication de l'INSEE.

Le solde public de la France comparé à ses voisins européens depuis 2000

data : Eurostat (procédure de déficit excessif, capacité/besoin de financement des administrations publiques, % du PIB — dernière année connue par pays) pour les pays hors France, INSEE (comptes nationaux, base 2020) pour la France · calculs et graphique : france-inflation.com

Un solde négatif est un déficit, un solde positif un excédent. Chaque pays n'a pas forcément publié la même dernière année ; l'année est indiquée au survol de la barre.

data : Eurostat et INSEE (France) — capacité/besoin de financement des administrations publiques, % du PIB, annuel depuis 2000 · calculs et graphique : france-inflation.com

La comparaison avec l'Allemagne est la plus parlante : les deux pays partent d'un niveau proche autour de 2000-2003, mais l'Allemagne revient nettement plus vite à l'équilibre après chaque crise (2003, 2009-2010), quand la France y reste durablement — le même écart que sur la dette, et pour les mêmes raisons : des dépenses qui ne redescendent pas, une croissance plus faible, et des phases de rigueur trop courtes pour être tenues jusqu'au bout.

Depuis 2020, cet écart se resserre nettement, sans disparaître : l'Allemagne, elle non plus, n'est pas revenue à l'équilibre. Elle encaisse plusieurs chocs qui touchent directement son modèle économique — la crise énergétique de 2022 frappe de plein fouet une industrie dépendante du gaz russe bon marché, et son moteur historique, l'export (automobile en tête), souffre à la fois du ralentissement chinois et de la concurrence de constructeurs chinois de plus en plus compétitifs. À cela s'ajoute un choix budgétaire nouveau : début 2025, l'Allemagne a assoupli son « frein à l'endettement » (Schuldenbremse), inscrit dans sa Constitution depuis 2009, pour financer un plan massif de réarmement et de rénovation des infrastructures — une dépense structurelle, pas seulement conjoncturelle. Résultat : un solde autour de −2,5 % du PIB en 2025, deux fois moins dégradé que celui de la France, mais loin des excédents ou quasi-équilibres qu'elle affichait avant 2020.

Dépenses et Recettes de l'Etat Français depuis 1950 Depenses et recettes au budget de la France en pourcentage du PIB depuis 1960, année par année et moyenne par présidence, de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron

data : INSEE (comptes nationaux annuels, base 2020) · calculs et graphique : france-inflation.com

Le graphique combine trois informations : les dépenses et les recettes publiques en % du PIB (courbes rouge et bleue — l'écart entre les deux est le déficit), et la croissance nominale du PIB (barres grises). Cette dernière sert de repère : un pic du ratio dépenses/PIB peut venir d'une vraie décision de dépense, ou simplement d'un PIB qui ralentit ou recule — les deux se lisent très différemment.

Le graphique précédent montre le solde net par présidence, mais pas lequel des deux leviers — dépenses ou recettes — a bougé. Celui-ci le permet, année par année, et fait ressortir quatre régularités.

Un pilotage très majoritairement par les dépenses

Sur toute la période, la croissance des recettes suit de très près celle du PIB (corrélation de 0,95), alors que celle des dépenses s'en écarte plus souvent (corrélation de 0,84). Plus frappant encore : les dépenses n'ont jamais baissé en valeur, même lors des deux plus fortes récessions (2009, 2020). Chaque crise fait donc monter le ratio dépenses/PIB, et ce palier ne redescend ensuite jamais complètement — un effet de cliquet visible par paliers sur soixante ans : environ 40 % du PIB dans les années 1960, 46 % après 1974, 52-55 % après 1981, 57-58 % depuis 2011.

Les recettes, un levier plus ponctuel, plafonné autour de 50-55 % du PIB

Depuis le début des années 1980, les recettes restent dans une bande étroite, entre 49 et 54 % du PIB selon les années. Ce plafond est une observation empirique — ce qui a été fait jusqu'ici — pas une limite économique démontrée : la loi de finances évoque régulièrement la nécessité de les augmenter. Quand les recettes s'écartent nettement du rythme du PIB, c'est presque toujours le signe d'un changement volontaire des règles de prélèvement : hausses d'impôts en 1975, 1979, 2011-2013 ; baisses en 1986, 1988. Les deux seuls épisodes où le déficit s'est réellement résorbé sur plusieurs années (1993-2000, 2011-2019) ont combiné les deux leviers à la fois — recettes en hausse et dépenses freinées — jamais un seul des deux n'a suffi.

Une croissance plus faible depuis 1981, qui laisse moins de marge

Avant 1981, un PIB en forte croissance nominale « diluait » de lui-même le poids des dépenses en % du PIB, sans effort budgétaire particulier. Depuis, la croissance nominale est structurellement plus faible : ce mécanisme joue beaucoup moins, et chaque palier de dépenses doit désormais être financé ou réduit à la main plutôt que de s'effacer avec le temps. Cette croissance plus faible, combinée à la rigidité des dépenses, joue dans les deux sens à chaque crise : elle creuse davantage le déficit au moment du choc (le PIB et les recettes reculent plus qu'ils ne remontent vite), et elle allonge d'autant le temps de retour sous 3 %, puisque peu de gouvernements sont ensuite allés au bout d'une réduction effective des dépenses.

Une alternance qui interrompt les politiques avant qu'elles produisent leurs effets

Les grandes phases budgétaires durent rarement plus de quelques années avant d'être inversées : relance Giscard 1975 suivie du plan Barre dès 1976, État providence 1981 suivi du tournant de la rigueur dès mars 1983 — deux ans seulement. Les relances elles-mêmes sont parfois mal calées sur le cycle international : celle de 1981 est lancée alors que l'Allemagne et les États-Unis entrent en désinflation/récession (post-Volcker), ce qui limite son effet sur l'activité française et pèse sur le commerce extérieur. À l'inverse, le plan de 2008-2009, plus ciblé et mieux calé sur la crise mondiale elle-même, est allé à son terme sans dérapage. Le temps politique (5 à 7 ans entre deux alternances) semble structurellement trop court pour mener une politique budgétaire de long terme jusqu'à son terme, en dehors des rares moments de consensus forcé (1993-2000, 2011-2019).

Post-scriptum : l'année 2023 est un épiphénomène à part — les recettes s'y sont nettement écartées du rythme du PIB, mais sans changement de règles. C'est un décrochage temporaire de l'assiette fiscale (pouvoir d'achat des salaires, bénéfices des sociétés en 2022-2023) qui s'est répercuté sur l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés en 2023-2024, non anticipé par Bercy, et qui a creusé le déficit au-delà des objectifs — avant un net rebond des recettes en 2025.

Sources : comptes nationaux INSEE (base 2020).

Méthode et sources

Donnée. Solde des administrations publiques (État, collectivités locales, administrations de sécurité sociale) en % du PIB, séries annuelles des comptes nationaux de l'INSEE en base 2020, de 1974 à 2025. Les comptes annuels sont publiés une fois par an, à la fin du printemps ; les années les plus récentes sont provisoires et révisées ensuite.

Attribution des années. Un déficit annuel ne se rattache pas à un jour précis : lorsqu'une présidence commence ou se termine en cours d'année, cette année est répartie à parts égales entre les deux présidents (0,5 chacun). Les années pleines comptent pour 1. La moyenne d'une présidence est la moyenne pondérée des soldes annuels correspondants.

Comparaison internationale. Les soldes des autres pays de la zone euro proviennent d'Eurostat (procédure de déficit excessif, table gov_10dd_edpt1, secteur S13, indicateur B9 « capacité/besoin de financement », % du PIB, annuel). Les États-Unis et le Royaume-Uni, hors zone euro, proviennent de l'OCDE (National Accounts at a Glance, indicateur B9S13, % du PIB). Toutes ces séries sont importées dans la même table que les données françaises (apu_series, un code par pays), pas dans un fichier séparé ; seule la série française reste sourcée INSEE, plus longue et plus précise. Le classement (pareto) porte sur tous les pays de la zone euro ; les courbes comparatives se limitent à une sélection plus lisible (France, Allemagne, Italie, Espagne, Grèce, zone euro, États-Unis, Royaume-Uni).

Limites. Le solde d'une année dépend aussi du budget voté avant, des crises (2009, 2020) et de la conjoncture : la moyenne par président décrit ce qui s'est passé pendant son mandat, pas la seule part qui lui revient. Les barres grisées du graphique sont des prévisions, non des données publiées.

Cette page est mise à jour automatiquement : le solde par présidence provient du fichier solde_presidents.json produit avec le graphique, la comparaison européenne d'une requête directe dans apu_series.

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