Note de méthode : chaque événement est crédité au président qui l'a décidé, pas à celui qui s'est contenté de ne pas l'arrêter — c'est pourquoi, par exemple, le TGV est attribué à Giscard d'Estaing (décision du programme, 1974-1976) et non à Mitterrand, qui n'en a fait qu'assurer les extensions. Un événement est classé « désengagement » lorsqu'une capacité, une compétence ou un objectif déjà existant ou déjà planifié est réduit, cédé ou abandonné — indépendamment de savoir si ce choix était justifié ou non. Ce classement recouvre en réalité quatre situations différentes, qu'il faut distinguer : l'abandon d'une capacité déjà en service (Fessenheim, fermée alors qu'elle produisait) ; l'arrêt d'un programme en cours de vie (Superphénix, arrêté après des années de fonctionnement partiel) ; l'abandon d'une capacité encore seulement planifiée, pas encore construite (Astrid) ; et la cession du contrôle public d'une capacité qui continue par ailleurs d'exister et de fonctionner, sous une autre gouvernance (Alstom Énergie, France Télécom — le réseau ou la turbine ne disparaissent pas, c'est la main de l'État dessus qui change). La loi de transition énergétique de 2015 relève d'une cinquième nuance encore : un objectif chiffré de réduction fixé pour l'avenir, pas une capacité effectivement réduite au moment de la décision. Aucune de ces situations n'implique que le choix sous-jacent était mauvais — le contexte de chaque décision est rappelé individuellement, quand il est utile à la compréhension.
Les montants indiqués dans les détails dépliables de chaque événement proviennent de sources officielles (Cour des comptes, RTE, communiqués gouvernementaux, Sénat, Le Monde) quand elles existent. Pour Plan Calcul, Airbus et Fos-sur-Mer/La Défense, aucun chiffrage global suffisamment fiable n'a été trouvé à ce stade — une estimation qualitative de l'auteur est donnée dans le détail de chaque événement, mais aucun montant n'est intégré au graphique agrégé pour éviter une fausse précision. Les PIB de référence utilisés pour les calculs de % proviennent du fichier Insee « PIB en valeur, prix courants » (T_1101) fourni par l'auteur du site. Pour les montants cumulés sur plusieurs années (Concorde, plan téléphone, TGV, Minitel, Grands Travaux, Grand Emprunt), le % est calculé en répartissant la dépense à parts égales sur chaque année de la période, puis en sommant la part que représente chaque année dans le PIB de cette même année — plutôt qu'en divisant simplement le total par un PIB moyen, ce qui sous-estimerait légèrement le ratio quand l'économie croît vite pendant la période concernée.
Sur la nature du financement : une partie de ces montants n'a pas été financée directement par le budget de l'État, mais par des entreprises publiques opérant sur un modèle commercial — EDF pour le nucléaire, la Caisse nationale des télécommunications (précurseur de France Télécom) pour le plan téléphone, la SNCF pour le TGV. Ces entités ont financé leurs investissements par un mix d'apports en capital de l'État, d'autofinancement (recettes tarifaires des usagers) et d'emprunt sur les marchés financiers privés — EDF a par exemple été autorisée à emprunter sans garantie de l'État à partir de 1980. Cette dette d'entreprise publique est généralement classée « hors administrations publiques » au sens des critères de Maastricht, à la différence de la dette budgétaire de l'État qui finance, par exemple, les prestations sociales. Les montants cités sur cette page mesurent donc l'ampleur des investissements engagés, pas systématiquement une charge directe et immédiate pesant sur le budget de l'État au sens strict.
Cette page ne s'appuie pas sur un indicateur agrégé comme la FBCF publique (formation brute de capital fixe des administrations) — cet agrégat mesure un volume d'investissement, pas une ambition stratégique : un grand programme industriel peut n'y représenter qu'une fraction marginale une année donnée, et une FBCF stable peut masquer un glissement vers davantage de maintenance et moins de projets structurants.
Principe de sélection des événements, et projets envisagés puis écartés
Cette frise ne recense pas l'ensemble des investissements publics français depuis 1958 — une telle liste n'existe probablement nulle part de façon consolidée. Elle retient les décisions les mieux documentées et les plus significatives par leur ampleur ou leur portée stratégique, autant que possible concentrées sur un objectif identifiable plutôt que diffuses sur de multiples mesures et acteurs. Un programme peut regrouper plusieurs projets et rester retenu dès lors qu'il résulte d'une décision politique et d'une enveloppe unifiées : c'est le cas du Grand Emprunt (2009), qui finance cinq priorités mais reste une décision unique — retenu comme fondateur du mécanisme des PIA, tandis que France Relance et France 2030, qui prolongent ce même mécanisme sans le refonder, ne sont pas comptés comme des engagements distincts (voir la note sous le bloc Macron). Cette sélection n'est pas exhaustive et comporte nécessairement une part de choix éditorial, assumée plutôt que masquée.
Projets envisagés puis écartés à ce stade, faute de rentrer clairement dans ce critère ou de sourçage suffisant pour un montant comparable aux autres : Ariane, le programme spatial européen (par distinction du CNES et du programme national, retenus ci-dessus — Ariane est un programme multi-national de l'ESA, difficile à attribuer à un seul président français) ; les programmes Airbus ultérieurs (A320, A380 — continuité industrielle plutôt que décision présidentielle isolée) ; le Rafale et les grands programmes d'armement conventionnels (hors du périmètre volontaire de cette page, centrée sur les capacités civiles et sur la dissuasion nucléaire comme cas à part) ; le réseau autoroutier et les grands barrages hydroélectriques (étalés sur plusieurs décennies sans décision unique clairement datable) ; Sophia Antipolis et le plateau de Saclay (pôles scientifiques à financement diffus dans le temps) ; le déploiement de la 5G et les pôles de compétitivité (2004) — plus récents ou trop diffus pour être évalués avec le même recul que les autres événements de cette page. Si vous pensez qu'un de ces projets, ou un autre, mérite clairement sa place ici avec un montant sourcé, cette page a vocation à être complétée.
ADDENDA · SITUATION ACTUELLE, HORS HISTORIQUE
Trois autres modèles de politique industrielle, en ce moment
Ne pas regarder ce qui se joue ailleurs serait une lacune. Ce qui suit n'est pas un classement ni une preuve que la France en ferait trop peu — juste un instantané de trois manières différentes de financer de grands projets stratégiques en ce moment : l'Allemagne mobilise la dette publique, les États-Unis s'appuient surtout sur le capital privé et des subventions ciblées, le Royaume-Uni combine État, investisseurs privés et consommateurs. Chacun se fera son idée sur ce que cela dit de la France.
Allemagne
- Fonds spécial infrastructures et climat (adopté mars 2025) — 500 Md€ sur 12 ans, hors des règles constitutionnelles de frein à l'endettement, pour les transports, le numérique, la santé et le climat.
- Fonds spécial défense (2022) — 100 Md€, avec une trajectoire portant le budget de la défense à 3,5 % du PIB d'ici 2029 (contre 1,5 % en 2017) ; le budget de la Bundeswehr doit passer de 75 à 153 Md€ entre 2024 et 2029.
- À noter, pour rester factuel : un rapport du ministère des Finances allemand (2026) montre que le fonds infrastructures n'a dépensé que 24 des 37,2 Md€ prévus en 2025, et plusieurs instituts économiques (IW, ifo) estiment qu'une partie sert à combler des trous du budget ordinaire plutôt qu'à financer des projets neufs.
États-Unis
- CHIPS and Science Act (2022) — 52,7 Md$ de subventions publiques directes aux semi-conducteurs, ayant généré environ 166 Md$ d'investissements totaux ; l'administration Trump a annoncé revoir ces subventions à la baisse en 2025.
- Infrastructures d'intelligence artificielle (centres de données, puces) — plus de 500 Md$ par an projetés d'ici 2027 selon Goldman Sachs et Morgan Stanley, mais très majoritairement financés par le secteur privé plutôt que par l'État.
Royaume-Uni
- Sizewell C (centrale nucléaire, décision finale d'investissement juillet 2025, bouclage financier novembre 2025) — environ 38 Md£, financée par un montage État/investisseurs privés/consommateurs (modèle RAB). Successeur d'Hinkley Point C, dont le coût est passé de 18 à 46 Md£ — les dérapages de coûts ne sont donc pas propres à la France.
Sources : ministère fédéral allemand des Finances et des Affaires étrangères ; Le Grand Continent ; Boursorama ; Direction générale du Trésor français ; Sizewell C (communiqués officiels) ; NucNet. Situation à août 2026, susceptible d'évoluer rapidement.