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Déficit public de la France depuis 1974, par président
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FRANCE-INFLATION.COM · FINANCES PUBLIQUES

Le déficit public de la France est de 5,1 % du PIB en 2025

Déficit public de la France depuis 1974 : solde annuel en % du PIB et comparaison entre présidences.

🔎 Le déficit en bref

  • 🏛️ Par présidence — de Valéry Giscard d'Estaing à Emmanuel Macron, le solde public en % du PIB, année par année, et son niveau moyen sous chaque président.
  • 📉 Un déficit presque permanent — 51 années sur 52 se sont soldées par un déficit depuis 1974, le plus profond étant de −8,9 % du PIB en 2020.
  • 📜 Dépenses et recettes depuis 1950 — les grands épisodes qui ont marqué durablement les comptes publics, de la refondation gaullienne à aujourd'hui.
  • 🧮 Méthode et sources — données INSEE (comptes nationaux, base 2020) et règle de calcul des moyennes par présidence.
Le déficit public de la France, présidence par présidence Déficit public de la France en pourcentage du PIB depuis 1974, année par année et moyenne par présidence, de Valéry Giscard d'Estaing à Emmanuel Macron

data : INSEE (comptes nationaux annuels, base 2020) · calculs et graphique : france-inflation.com

Ce que montre le graphique

Depuis 1974, sur 52 années de données, 51 se sont soldées par un déficit. La seule exception est 1974 (+0,1 % du PIB). Le déficit le plus profond est celui de 2020 : −8,9 % du PIB.

Le déficit annuel moyen le plus élevé est celui de la présidence de Nicolas Sarkozy (−5,5 % du PIB), le plus faible celui de Valéry Giscard d'Estaing (−1,4 %).

Solde public moyen par présidence

Président Période Solde annuel moyen (%PIB) Pire année (%PIB) Années prises en compte
Valéry Giscard d'Estaing 1974–1981 −1,4 % −3,0 % (1975) 7 ans
François Mitterrand 1981–1995 −3,3 % −6,4 % (1993) 14 ans
Jacques Chirac 1995–2007 −2,9 % −5,1 % (1995) 12 ans
Nicolas Sarkozy 2007–2012 −5,5 % −7,4 % (2009) 5 ans
François Hollande 2012–2017 −4,3 % −5,2 % (2012) 5 ans
Emmanuel Macron 2017–2027 (en cours) −5,1 % * −8,9 % (2020) 10 ans

Solde des administrations publiques (capacité ou besoin de financement) en % du PIB : un nombre négatif est un déficit. Moyenne arithmétique des soldes annuels ; l'année où un président en remplace un autre compte pour moitié chacun.
* Mandat en cours : la moyenne inclut les prévisions grisées sur le graphique pour les années dont les comptes ne sont pas encore publiés ; elle sera révisée à chaque publication de l'INSEE.

Dépenses et Recettes de l'Etat Français depuis 1950 Depenses et recettes au budget de la France en pourcentage du PIB depuis 1974, année par année et moyenne par présidence, de Valéry Giscard d'Estaing à Emmanuel Macron

data : INSEE (comptes nationaux annuels, base 2020) · calculs et graphique : france-inflation.com

Le graphique exprime dépenses et recettes en pourcentage du PIB. Deux mécanismes distincts font bouger ce ratio : les décisions budgétaires elles-mêmes (une hausse de dépense ou une baisse de recette se lit directement dans le ratio), et l'évolution du PIB (quand il progresse plus vite que la dépense ou la recette, le ratio recule mécaniquement, sans nouvelle décision). Un pic ou un creux résulte donc souvent de la combinaison des deux effets — ce que les épisodes suivants précisent chaque fois que c'est le cas. Dépenses, recettes et PIB sont ici exprimés en euros courants.

1959-1969 : de Gaulle, la refondation budgétaire de la Ve République, puis le choc de Mai 68

1958-1962 — le plan Pinay-Rueff, le retour à l'équilibre

L'ordonnance du 2 janvier 1959, matrice de la discipline budgétaire de la Ve République (elle restera en vigueur 46 ans, jusqu'à la LOLF de 2001), impose un calendrier contraignant et interdit au Parlement d'augmenter les dépenses ou de diminuer les recettes par amendement.

  • Plan Pinay-Rueff (décembre 1958) : dévaluation du franc de 17,5 % (après 20 % en juin), création du nouveau franc, suppression des indexations (sauf le SMIG), hausse des recettes de 13 % en valeur (IS, taxes sur l'essence, impôt sur les hauts revenus)
  • Prélèvements obligatoires d'État stabilisés à ~18 % du PIB — un niveau qui restera la norme pendant trente ans
  • Dépenses de consommation des administrations : −0,9 % en 1959, +1,6 % puis +2,2 % en 1960-1961 — trois années de vraie restriction
  • Effort ciblé sur l'investissement public (+12 %/an dès 1959, jusqu'à +14,6 % en 1964) : périphérique, logements, écoles, hôpitaux, énergie

Résultat rapide : excédent des administrations publiques dès 1958, inflation ramenée de 15 % à 6,2 % (1959) puis 3,3 % (1961), et une croissance qui, après un ralentissement à 2,8 % en 1959, repart fort (8 % en 1960, 6-7 % de 1962 à 1964).

1962-1963 — nouveau tour de vis, l'équilibre strict par la dépense

À partir de juin 1962, de Gaulle reprend directement la main sur les décisions économiques. En septembre 1963, il tranche en faveur du ministre des Finances Valéry Giscard d'Estaing (contre le Premier ministre Georges Pompidou, plus tolérant au déficit) : un nouveau plan de stabilisation vise un équilibre budgétaire strict, obtenu principalement par la baisse de la dépense, complété par un blocage des prix et l'extension de la TVA.

Mai 1968 — les accords de Grenelle, un choc budgétaire d'un point de PIB

Les accords de Grenelle (25-27 mai 1968), négociés par le gouvernement Pompidou avec les syndicats, se traduisent par :

  • SMIG +35 %, salaires +7 % (juin) puis +3 % (octobre)
  • Généralisation de la semaine de 40 heures
  • Hausse des allocations familiales et du minimum vieillesse, baisse du ticket modérateur

La loi de finances rectificative du 31 juillet 1968 ouvre 6,4 milliards de francs de crédits supplémentaires (~1 point de PIB). Les dépenses publiques bondissent de 41,3 % à 43,4 % du PIB en 1968 — premier pic de la courbe, après une décennie de rigueur budgétaire.

Le choc est de courte durée : dès 1969, le budget de l'État renoue avec l'excédent et le déficit public revient à −0,2 % du PIB jusqu'en 1974. Le retour tient surtout à un effet de recettes — reprise de la croissance (+7,1 % en 1969) et doublement de l'inflation — plutôt qu'à une réduction de la dépense.

Sources : comptes nationaux INSEE ; éléments de contexte historique d'après Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française.

1969-1974 : la continuité pompidolienne, l'équilibre porté par la croissance

Pompidou élu (mai 1969) nomme Chaban-Delmas Premier ministre (Messmer à partir de 1972), Giscard d'Estaing restant aux Finances. Doctrine assumée : seules les dépenses de fonctionnement doivent être à l'équilibre, l'investissement pouvant s'endetter puisqu'il crée un actif.

  • Dépenses publiques : 43,4 % (1968) → 41,0 % du PIB (1972) — recul porté par une croissance forte (+4,9 %/an), pas par un vrai freinage (la dépense progresse presque au même rythme, +10,6 %/an)
  • Effort de recettes réel et ciblé : hausse continue des cotisations sociales pour financer le social (+5 pts de PIB cumulés en 15 ans)
  • Grands investissements financés par l'emprunt (périphérique parisien, TGV Paris-Lyon, Roissy-CDG, RER, nucléaire) sans alourdir la dette/PIB, elle aussi portée par la croissance

Sources : comptes nationaux INSEE ; éléments de contexte historique d'après Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française.

1974-1980 : le premier choc pétrolier, une relance ratée puis la longue marche de Raymond Barre

Premier choc pétrolier (fin 1973) : commerce extérieur excédent → déficit, inflation de 7,3 % à près de 14 % en 1974. Le 25 février 1975, Giscard d'Estaing annonce un plan de relance (~46 MdsF : prêts bonifiés, aide fiscale, investissement direct, 15 000 fonctionnaires recrutés).

  • Déficit public 2,9 % du PIB en 1975 (vs +0,1 % en 1974) — mais l'essentiel vient de l'effondrement de la croissance (+4,2 % prévu → −0,9 %), pas du plan lui-même (effet net estimé à seulement 0,9-1,3 pt de PIB)
  • Échec sur les deux objectifs visés : chômage en hausse continue, inflation quasi inchangée

Dès 1976, un nouvel objectif d'équilibre est fixé (Raymond Barre) : le budget 1977 marque un freinage historique, mais 1976-1980 voit la dépense progresser plus vite que le PIB (+3,9 %/an contre +3,4 %/an) — la période de rigueur affichée reste, en relatif, moins vertueuse que la période pompidolienne. Dépenses publiques : 46,2 % du PIB dès 1975, jamais redescendues sous ce niveau (48,0 % en 1980).

Le retour à l'équilibre (−0,4 % du PIB en 1980) est obtenu par la hausse de prélèvements la plus forte et la plus rapide de la Ve République. 1975 n'est donc pas le tournant qu'on lui attribue souvent : l'objectif d'équilibre reste réel et est effectivement atteint en 1980.

Sources : comptes nationaux INSEE ; éléments de contexte historique d'après Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française.

1981-1995 : les deux mandats de Mitterrand — de l'État providence à la rigueur durable

1981-1985 — l'État providence, et le vrai tournant

Élu en mai 1981, François Mitterrand met en œuvre avec Pierre Mauroy le programme commun :

  • SMIC +10 %, minimum vieillesse et allocations familiales +50 %
  • Retraite à 60 ans (au lieu de 65), semaine de 39 heures, 5e semaine de congés payés → temps de travail national réduit de 15,8 %
  • 125 000 créations d'emplois publics en dix-huit mois
  • Nationalisations (banques, Matra, Dassault, Roussel-UCLAF, CII-Honeywell Bull)
  • Création de l'impôt sur les grandes fortunes

Le PLF 1982 acte une hausse des dépenses de 27,5 % en valeur. Le déficit public passe de −0,4 % du PIB (1980) à −2,8 % (1982), les dépenses publiques de 48,0 % à 52,6 % du PIB en 1983 — un choc du même ordre que celui de 1975, mais cette fois pleinement délibéré, hors toute crise.

La relance par la consommation échoue (déficit extérieur, inflation). Le gouvernement dévalue le franc et bloque prix/salaires (juin 1982), puis engage en mars 1983 le « tournant de la rigueur » (60-70 MdsF, ~1,5 pt de PIB). Pierre Mauroy fixe alors un objectif nouveau : non plus revenir à l'équilibre, mais ne pas dépasser 3 % de déficit — première fois depuis la Ve République que l'objectif officiel n'est plus le zéro.

Ce plafond n'est cependant pas tenu strictement : le déficit public continue de se dégrader (−3,0 % en 1985), les dépenses publiques atteignent un pic à 54,2 % du PIB en 1985 et les prélèvements obligatoires 42,3 % — fin d'une décennie de hausse continue des recettes.

1986-1988 — cohabitation Chirac-Balladur

Première cohabitation de la Ve République (mars 1986) : Chirac Premier ministre, Balladur aux Finances. Un rapport commandé à Renaud de La Genière alerte sur la dérive en cours.

  • Dépenses : collectif de printemps 1986 (10 MdsF de crédits annulés, ~2 900 postes supprimés) ; PLF 1987 : +1,8 %, pour la première fois sous l'inflation ; −19 000 puis −13 000 postes nets
  • Recettes : 50 à 70 MdsF d'allégements sur deux PLF — suppression de l'ISF, IR −3 %, IS 50 %→42 %, taxe professionnelle −16 %, TVA auto abaissée
  • Résultat : déficit public 3,2 % → 2,0 % du PIB (1986-1987) ; croissance 2,4 % → 4,8 % (1986-1988)
  • 83 MdsF de privatisations (dont 56 au désendettement) — création du CAS privatisations et de la Caisse d'amortissement de la dette publique

Premier épisode où dépense ET impôts baissent ensemble, avec un effort réel documenté sur les deux leviers — mais interrompu après deux ans par l'échéance électorale de 1988.

1988-1993 — retour de Mitterrand, du « triangle magique » à l'effondrement

Mitterrand réélu (1988), Rocard puis Cresson (1991) puis Bérégovoy (1992). 1988-1990 : croissance forte (4,8 % → 2,8 %) et recettes en hausse (+6 à 9 %/an) permettent, ce qu'on appelait alors le « triangle magique » : dépense en hausse, impôts en baisse, déficit en baisse — simultanément. Dépenses nouvelles durables installées (RMI, Éducation nationale). Dépenses publiques au plus bas : 50,9 % du PIB en 1989 — un creux en réalité masqué par la vigueur du PIB, pas par un vrai freinage.

1991-1993 : retournement (croissance 1,2 % → −0,4 %). Les dépenses lancées ne peuvent être freinées à temps, les recettes s'effondrent en miroir. L'écart entre budget voté et exécuté explose (jusqu'à +150 % en 1992). Résultat : déficit public à 6,4 % du PIB en 1993 — inédit depuis 1945 — et dépenses publiques à 56,5 % du PIB (pic de la période). Dette publique +10 points en deux ans. Leçon retenue : confondre un excédent conjoncturel de recettes avec une marge structurelle — un mécanisme qui se répétera à l'identique dix ans plus tard, en 1997-2002.

1993-1995 — cohabitation Balladur

Cohabitation Balladur (mars 1993), en pleine récession (PIB −0,4 %). Le rapport Raynaud révèle un déficit réel de 340 MdsF, contre 165 MdsF prévus au budget voté — une insincérité qui donnera naissance à l'audit systématique des finances publiques à chaque alternance suivante.

  • Réforme des retraites (juillet 1993, secteur privé) : calcul sur les 25 meilleures années (au lieu de 10), 40 annuités, indexation sur les prix — une vraie réforme structurelle durable. Création de la CADES et de la CRDS
  • 1994-1995 : reprise de la croissance, mais rétablissement resté largement apparent — la baisse de l'IR (~20 MdsF) est financée par des recettes de privatisation non pérennes. Déficit affiché en baisse (316 → 275 MdsF), mais hors privatisations : 345 → 322 MdsF

À l'été 1995, Alain Juppé découvre un déficit réel proche de 370 MdsF (contre 275 MdsF affichés) : 47 MdsF de recettes de privatisation mal utilisées et 45 MdsF de dépenses et recettes mal évaluées — une situation qu'il qualifie de « calamiteuse » (Le Monde, septembre 1995).

Sources : comptes nationaux INSEE ; éléments de contexte historique d'après Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française.

1995-2007 : les deux mandats de Chirac — de Juppé à Villepin

1995-1997 — Juppé, la course contre la montre vers l'euro

Chirac élu (mai 1995), Juppé Premier ministre. Le collectif de l'été 1995 corrige plus de 45 MdsF d'insincérités héritées, et dégage 31 MdsF de hausses d'impôts (TVA +2 pts, IS +10 %, ISF +10 %) — à rebours des promesses de campagne.

  • PLF 1996 : rigueur amplifiée — dépenses +1,8 % (gel du point fonction publique, gel des concours aux collectivités)
  • 26 octobre 1995 : Chirac fixe l'objectif de l'euro — déficit sous 3 % dès 1997
  • 15 novembre 1995 : plan Juppé sur la Sécurité sociale — le volet retraites (régimes spéciaux) est retiré le 15 décembre après trois semaines de grèves ; la LOLFSS (financement de la Sécu) est maintenue
  • PLF 1997 : baisse de l'IR de 25 MdsF votée pour 4 ans, financée en partie par une soulte exceptionnelle de 37,5 MdsF (France Télécom) — même biais qu'en 1993-1995

Croissance 1996 décevante (1,4 %). Chirac dissout l'Assemblée au printemps 1997 : la majorité sortante est battue, ouvrant la cohabitation avec Lionel Jospin.

1997-2002 — cohabitation Jospin, la croissance comme anesthésiant

Jospin Premier ministre (juin 1997), cohabitation à l'envers. La croissance repart fort dès fin 1997, permettant d'atteindre les 3 % à moindre coût politique : surtaxe exceptionnelle de l'IS (20 MdsF) et annulation discrète de la baisse d'IR votée par Juppé. Déficit à 2,4 % du PIB dès 1998.

  • 35 heures (lois Aubry, 1998 et 2000) : effet emploi limité une fois isolé de la conjoncture mondiale favorable ; désorganisation durable de certains services publics (hôpitaux)
  • Affaire de la « cagnotte » (1999-2001) : un excédent conjoncturel de recettes (IS) est traité comme une ressource structurelle et durable — près de 90 MdsF de baisses d'impôts décidées en 2000-2001 ; démission du ministre des Finances Christian Sautter (mars 2000), en désaccord
  • Retournement dès 2002 (croissance 0,9 %) : le déficit repasse au-delà de 3 % — exactement le même schéma que le « triangle magique » de 1988-1990, dix ans plus tard

Acquis institutionnel durable : la LOLF est promulguée en 2001, sans effet direct sur le niveau des déficits.

2002-2007 — réélu, Raffarin puis Villepin : des réformes sectorielles sans stratégie d'ensemble

Chirac réélu (2002), Raffarin puis Villepin (2005), sans cohabitation. L'audit Bonnet-Nasse (juillet 2002) dresse un diagnostic sévère — baisses de prélèvements financées par du conjoncturel, ONDAM systématiquement dépassé — largement ignoré : « rebasage » de 2,6 Mds€ de dépenses sans contrepartie, et poursuite de la baisse de l'IR (−5 % à −6 % par an jusqu'en 2006, ~11 Mds€ cumulés).

  • Réforme des retraites 2003 (Fillon) : 40 annuités pour la fonction publique — grèves massives, mais la réforme la plus significative du quinquennat
  • Décentralisation « Acte II » (2003-2004) : transferts de compétences (RMI, personnels) sans réels leviers de maîtrise pour les collectivités — jugée peu rationnelle sur le plan budgétaire
  • Santé : ONDAM visé à 3,8 %, exécuté à 6 % ; déficit du régime général à 14 Mds€ (2004) → réforme du 13 août 2004 (médecin traitant, +5,2 Mds€ de CSG), jugée un succès relatif
  • Bouclier fiscal à 60 % (2006, Villepin)

Bilan global : des réformes sectorielles réelles, mais jamais intégrées dans une stratégie globale de rétablissement du solde public.

Sources : comptes nationaux INSEE ; éléments de contexte historique d'après Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française.

2007-2012 : Sarkozy, la crise financière et un vrai coup de frein sur la dépense

Sarkozy élu (2007), Fillon Premier ministre. Loi TEPA (défiscalisation des heures supplémentaires, bouclier fiscal à 50 %). La RGPP (revue générale des politiques publiques) conduit à la suppression de près de 150 000 emplois dans la fonction publique d'État sur le quinquennat.

  • Crise financière (2008-2009) : perte de recettes d'environ 60 Mds€ sur 2009-2010. Plan de relance ciblé sur les entreprises, maîtrisé et arrêté dans les délais prévus — contrairement aux plans de 1975 et 1981. Dépenses +3,9 %, PIB −2,7 % en 2009
  • Réforme des retraites 2010 : âge légal porté de 60 à 62 ans
  • Dépense publique ramenée à +1,4 %/an en moyenne sur 2008-2012 (contre +2,2 %/an sur les deux mandatures précédentes) — un vrai ralentissement structurel, malgré la crise

La France perd sa notation AAA (Standard & Poor's, janvier 2012) au plus fort de la crise des dettes souveraines européennes ; le gouvernement négocie le traité de stabilité budgétaire européen (TSCG).

Sources : comptes nationaux INSEE ; éléments de contexte historique d'après Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française.

2012-2017 : Hollande, le choc fiscal puis le pacte de responsabilité

Hollande élu (2012), Ayrault puis Valls (2014). Choc fiscal en début de mandat (tranche à 75 % sur les très hauts revenus, hausses tous azimuts) : les prélèvements obligatoires passent de 43,9 % à 44,8 % du PIB entre 2012 et 2013.

  • 13 novembre 2012 : crédit d'impôt compétitivité-emploi (CICE, 20 Mds€)
  • 31 décembre 2013 : tournant du « pacte de responsabilité » — fin des hausses d'impôts, priorité affichée à la baisse de la dépense (30 Mds€ au total avec le CICE)

Les effets se font attendre : croissance atone jusqu'en 2016 (0,9 %), rebond seulement en 2017 (2,1 %). Les prélèvements obligatoires culminent à 45,3 % du PIB en 2017 — 1er rang de l'OCDE.

Sources : comptes nationaux INSEE ; éléments de contexte historique d'après Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française.

2017-2025 : Macron, réformes fiscales, Covid et le retour de l'inflation

Macron élu (2017), Philippe/Castex puis Borne/Attal/Barnier/Bayrou après sa réélection en 2022 — pas de cohabitation formelle malgré un Parlement fragmenté dès 2022.

  • Réformes fiscales du capital : ISF remplacé par l'IFI, flat tax à 30 %, IS abaissé de 33 % à 25 %
  • Gilets jaunes (octobre 2018) : abandon de 10,5 Mds€ de hausses de taxe carbone programmées
  • Réforme systémique des retraites abandonnée en mars 2020, au début du Covid
  • Covid-19 : « quoi qu'il en coûte » (12 mars 2020), PIB −7,4 % sur l'année. Dépenses +6,3 %, PIB −4,7 % en 2020
  • Réforme des retraites 2023 : âge légal porté à 64 ans

Depuis 2022 : retour de l'inflation (5,2 % puis 4,9 %) et remontée des taux d'intérêt font bondir la charge de la dette (36 → 54 Mds€ entre 2020 et 2023). Les recettes se dégradent nettement en 2023-2024 : le déficit public passe de 4,7 % (2022) à 5,8 % du PIB (2024).

Instabilité politique en 2024-2025 : dissolution de l'Assemblée (juin 2024), censure du gouvernement Barnier (décembre 2024), budget 2025 finalement voté en février sous Bayrou — un ajustement reposant presque uniquement sur des hausses de prélèvements — puis perte du vote de confiance de Bayrou en septembre 2025.

Sources : comptes nationaux INSEE ; éléments de contexte historique d'après Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française.

Conclusion — mon interprétation personnelle (avis subjectif de l'auteur du site)

Ce qui suit n'est plus un compte rendu des faits mais ma lecture personnelle de cette histoire de près de soixante-dix ans. Le récit public le plus répandu situe le basculement vers le déficit permanent en 1975. Les faits ne le confirment pas : l'objectif du retour à l'équilibre reste explicite et poursuivi sans discontinuer jusqu'en 1980, année où il est effectivement atteint.

Le vrai tournant se situe selon moi en 1981-1983 : le changement de nature de l'objectif annoncé par Pierre Mauroy en mars 1983 — non plus revenir à l'équilibre, mais ne pas dépasser 3 % de déficit. Ce plafond, devenu quarante ans plus tard la référence européenne elle-même, est resté depuis le seul horizon commun à tous les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique — jamais plus le zéro.

Plusieurs mécanismes récurrents ressortent ensuite, indépendamment des alternances :

  • Le recours à des recettes exceptionnelles et non reconductibles pour boucler un exercice (privatisations en 1993-1995, soulte France Télécom en 1997)
  • La confusion entre un excédent conjoncturel de recettes et une ressource structurelle, reproduite à l'identique à dix ans d'écart sous deux majorités opposées (1988-1990 puis 1997-2002)
  • Le « rebasage » de la dépense à chaque alternance, qui consolide la dérive du gouvernement précédent plutôt que de la corriger (1993, 2002)
  • La préférence systématique, quand un diagnostic global défavorable rencontre un engagement de campagne, pour l'engagement de campagne (2002-2007 en est l'exemple le plus net)

Deux périodes montrent pourtant qu'un vrai freinage de la dépense reste possible : 1986-1988 et, sous contrainte externe, 1995-1996 — sans oublier que le tout premier exemple, 1958-1962, montre qu'un effort de cette ampleur a bien fonctionné, avant que l'objectif ne change de nature en 1983. Ce qui manque ensuite n'est pas la capacité technique, mais la constance politique dans le temps — ces épisodes s'arrêtent après deux ou trois ans, à chaque fois interrompus par une échéance électorale.

Depuis 2020, un facteur nouveau et longtemps oublié est réapparu : le coût de la dette elle-même. Après quatre décennies de baisse quasi continue des taux d'intérêt, la remontée des taux depuis 2022 rend cette dérive à nouveau coûteuse et visible — combinée à une instabilité politique inédite depuis 2024, un problème que le simple respect du plafond des 3 % ne suffit manifestement plus à résoudre.

Cette conclusion est une opinion personnelle, appuyée sur les faits présentés dans les épisodes ci-dessus ; elle n'engage que l'auteur de ce site.

Méthode et sources

Donnée. Solde des administrations publiques (État, collectivités locales, administrations de sécurité sociale) en % du PIB, séries annuelles des comptes nationaux de l'INSEE en base 2020, de 1974 à 2025. Les comptes annuels sont publiés une fois par an, à la fin du printemps ; les années les plus récentes sont provisoires et révisées ensuite.

Attribution des années. Un déficit annuel ne se rattache pas à un jour précis : lorsqu'une présidence commence ou se termine en cours d'année, cette année est répartie à parts égales entre les deux présidents (0,5 chacun). Les années pleines comptent pour 1. La moyenne d'une présidence est la moyenne pondérée des soldes annuels correspondants.

Limites. Le solde d'une année dépend aussi du budget voté avant, des crises (2009, 2020) et de la conjoncture : la moyenne par président décrit ce qui s'est passé pendant son mandat, pas la seule part qui lui revient. Les barres grisées du graphique sont des prévisions, non des données publiées.

Cette page est mise à jour automatiquement à partir du fichier solde_presidents.json produit avec le graphique.

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