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Dette française : endettement de fonctionnement plutôt que d'investissement
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Dette française : endettement de fonctionnement plutôt que d'investissement

Le niveau de la dette publique française atteint 119,0 % du PIB (T2 2026).

L'analyse de sa pertinence révèle un déséquilibre structurel majeur : l'endettement actuel finance prioritairement des dépenses de fonctionnement courantes plutôt que des investissements productifs (infrastructures, transition, innovation). Cette dynamique altère l'efficacité de la dette, son coût financier ne générant pas de croissance future pour en amortir la charge.

🔎 La gestion de la dette en bref

  • ⚖️ A quoi sert la dette ? — La dette de la France finance en majorité des dépenses de fonctionnement, la part de l'investissement productif (infrastructures, innovation) est secondaire.
  • ⚙️ Roulement, intérêt, emballement — la dette se refinance en permanence, son coût suit les taux avec retard, et elle peut s'auto-alimenter quand le taux dépasse la croissance. Un simulateur permet de tester.
  • 🚧 Y a-t-il une limite ? — pas de seuil magique : le Japon dépasse 250 % du PIB, la Grèce a décroché vers 130 %. Ce qui compte, c'est l'écart taux–croissance et la confiance des prêteurs.
  • 📜 Ce que dit l'histoire — de 9 % du PIB en 1972 à 119 % aujourd'hui : quand la dette baisse, et pourquoi.
  • 🧮 Méthode et sources — formules, hypothèses du simulateur et limites.
Une dette n'est ni bonne ni mauvaise en soi

Emprunter est rationnel quand ce que l'on finance rapporte plus que ce que l'emprunt coûte, ou quand il permet de lisser une dépense exceptionnelle (guerre, pandémie, crise financière) plutôt que de la faire supporter d'un coup. Une dette devient un problème quand elle finance des dépenses qui ne produiront rien qui aide à la rembourser, et quand son coût grossit plus vite que la richesse du pays.

Quand la dette est utileQuand elle devient un problème
Elle finance un investissement qui augmente la croissance future (infrastructures, éducation, recherche).Elle finance des dépenses courantes reconduites d'une année sur l'autre, sans contrepartie productive.
Elle amortit un choc temporaire (crise, pandémie) et se résorbe ensuite.Elle s'accumule par paliers à chaque crise sans jamais redescendre ensuite.
Le taux d'intérêt reste inférieur à la croissance nominale : le poids de la dette s'allège tout seul.Le taux dépasse la croissance : il faut des excédents primaires pour empêcher la dette de gonfler.
Les prêteurs sont nombreux, stables et confiants.Les prêteurs deviennent exigeants : la prime de risque monte et renchérit tout le refinancement.

Ce que la France finance vraiment

La dette française n'est pas une dette d'investissement : elle est surtout la somme de déficits de fonctionnement, présents presque chaque année depuis 1974 (voir la page sur le déficit), avec un palier de plus à chaque crise. la France a donc fait le choix d'emprunter pour financer le présent et non pas pour préparer l'avenir.

La comparaison avec un ménage : ce qu'elle éclaire et ce qu'elle déforme

Comme un ménage, l'État doit payer des intérêts, et un endettement excessif finit par limiter ses choix. Mais trois différences changent l'analyse :

  • L'État ne meurt pas et n'a pas à rembourser le capital : il rembourse ses échéances en émettant de nouveaux titres. Ce qu'il doit payer sans cesse, ce sont les intérêts, pas le capital. Le risque n'est donc pas de « devoir tout rembourser un jour », mais de ne plus pouvoir refinancer à un prix supportable.
  • La dette de l'un est l'épargne d'un autre : les titres publics sont détenus par des banques, des assureurs, des fonds, des ménages via l'assurance-vie, et par des non-résidents. Ce qui pèse sur le pays, c'est la part qui sort du pays sous forme d'intérêts.
  • L'État agit sur son propre revenu : il peut relever les impôts, réduire les dépenses, et son PIB dépend de ses propres choix. Un ménage ne le peut pas. Cette souplesse est réelle, mais elle a une limite politique, pas seulement financière.
La mécanique : roulement, intérêt, emballement

1. Le roulement : une dette qui se refinance en permanence

Chaque année, l'État doit trouver de l'argent pour deux raisons : financer le déficit de l'année, et rembourser les titres qui arrivent à échéance. Cette somme, qui se chiffre en plusieurs centaines de milliards d'euros par an, est empruntée sur les marchés par l'Agence France Trésor, en émettant des obligations à long terme (OAT), des bons à court terme (BTF) et une part de titres indexés sur l'inflation. La dette n'est donc jamais « soldée » : elle est renouvelée, aux conditions de marché du moment.

Conséquence : plus la durée de vie moyenne de la dette est courte, plus une hausse des taux se répercute vite sur le coût du refinancement. Avec une durée moyenne de l'ordre de huit ans, seule une fraction de la dette se renouvelle chaque année, ce qui amortit le choc mais ne l'annule pas.

2. L'intérêt : un coût qui suit les taux avec retard

La charge d'intérêts de l'année est le produit de la dette par son taux moyen apparent, c'est-à-dire la moyenne des taux auxquels les titres en circulation ont été émis, pas le taux du jour. Quand les taux montent, le taux apparent monte lentement, au rythme où les anciens titres arrivent à échéance ; quand ils baissent, il baisse de même. C'est ce qui explique que la hausse des taux de 2022 pèse de plus en plus sur le budget d'année en année, alors que le taux du marché, lui, a déjà bougé.

Un ordre de grandeur : avec une dette de 119,0 % du PIB, un point de taux supplémentaire coûte, une fois toute la dette refinancée, environ 1,2 point de PIB par an. Les taux ne se paient pas d'un coup, mais leur effet est durable.

La charge d'intérêts en chiffres : 2020–2025

En 2025, les administrations publiques ont payé 65,7 milliards d'euros d'intérêts sur leur dette, contre 29,7 milliards en 2020 : la charge a été multipliée par 2,2 en 5 ans, soit 36 milliards de plus chaque année. Cela représente environ 180 millions d'euros par jour, ou près de 2 100 euros chaque seconde.

Charge d'intérêts des administrations publiques, Md€ courants. Prévision 2026 : scénario du gouvernement, jugé « hypothétique » par le Haut Conseil des finances publiques, donc à lire comme un ordre de grandeur. Source : INSEE (comptes nationaux), saisie france-inflation.com.

Rapportée à la richesse produite, la charge est passée de 1,3 % du PIB en 2020 à 2,2 % en 2025.

Ce qui compte pour la suite : ces intérêts pèsent directement sur le déficit. En 2025, le solde public était de −5,1 % du PIB ; les intérêts en représentent 2,2 %. Sans la charge de la dette, le solde serait de −2,9 % : c'est le solde primaire, celui qui dépend des choix de dépenses et de recettes de l'année. La part du déficit qui vient des seuls intérêts est ce qui échappe aujourd'hui à toute décision budgétaire.

C'est aussi un coût d'opportunité : un euro d'intérêt versé aux détenteurs de la dette ne finance ni une école, ni un hôpital, ni un équipement de défense. Et la hausse n'est pas terminée, car le taux moyen apparent continue de rattraper les taux de marché à mesure que les anciens titres, émis à très bas taux, arrivent à échéance. Le simulateur ci-dessous permet de mesurer l'effet : dans le résultat « Charge d'intérêts au départ », faites varier le taux.

3. L'emballement : l'effet « boule de neige »

La dette rapportée au PIB évolue selon une règle simple : elle est multipliée chaque année par (1 + taux) / (1 + croissance nominale), puis diminuée du solde primaire (le solde budgétaire avant paiement des intérêts). Trois cas :

  • Taux inférieur à la croissance : la dette se dilue toute seule, même avec un petit déficit primaire. C'était le cas dans les années 1970 et, de nouveau, pendant la longue période de taux très bas des années 2010.
  • Taux égal à la croissance : la dette ne bouge que si le solde primaire est non nul.
  • Taux supérieur à la croissance : la dette s'auto-alimente. Sans excédent primaire suffisant, le ratio dette/PIB grimpe même si l'État ne dépense « rien de plus » : ce sont les intérêts qui creusent le déficit, qui creuse la dette, qui augmente les intérêts.

Testez vous-même

Le simulateur part de la dette fin 2025 (115,7 % du PIB, INSEE), reprend les prévisions du PLF 2027 pour 2026 et 2027, puis projette la suite jusqu'en 2046. Deux scénarios : le déficit total reste au niveau de 2027 (c'est la question « et si rien ne change ? »), ou bien le solde total est ramené à une cible en un nombre d'années que vous choisissez (par défaut, la cible qui stabilise la dette). Le solde primaire et la charge d'intérêts en découlent. La dette observée à T2 2026 (119,0 %) figure sur le graphique comme repère.

2026 et 2027 : PLF 2027 (annoncé le 1er octobre 2026 ; valeurs modifiables)

20262027

À partir de 2028 (le déficit reste à celui de 2027, sauf scénario de stabilisation)

% du PIB en ans

Voir le détail des calculs, année par année

Le tableau suit exactement la simulation : il change dès que vous modifiez un paramètre. Les lignes grisées sont les années du PLF 2027 ; les autres suivent le scénario choisi.

  • PIB : la richesse produite dans l'année, en valeur (inflation comprise). PIB(t) = PIB(t−1) × (1 + croissance nominale).
  • Charge d'intérêts : ce que les administrations paient sur leur dette = taux apparent × dette de la fin de l'année précédente. Pour 2026 et 2027, c'est une estimation (prévision 2026 de la base, puis hausse de la charge de la dette de l'État du PLF) ; ensuite, elle vaut le taux apparent de l'année × la dette.
  • Solde primaire : recettes moins dépenses hors intérêts (négatif = déficit primaire). Il vaut : charge d'intérêts − déficit total.
  • Déficit total : le chiffre dont on parle dans le débat public (5,4 %, 5,0 %…). Il vaut : charge d'intérêts − solde primaire.
  • Dette : dette(t) = dette(t−1) + déficit total(t), en milliards d'euros. En % du PIB : dette ÷ PIB. Pour 2026 et 2027, la dette est celle du PLF, ajustée si vous modifiez le déficit ou la croissance.
  • Taux apparent : charge d'intérêts ÷ dette de la fin de l'année précédente, c'est-à-dire le taux moyen auquel la dette existante est rémunérée. À partir de 2028, il se rapproche chaque année du taux de marché : la dette existante arrive à échéance à raison de 1/durée de vie moyenne par an et est refinancée au taux de marché, ainsi que les déficits ; le taux apparent est la moyenne des anciens titres restants (au taux de départ) et des nouveaux (au taux de marché), et rejoint le taux de marché au bout de cette durée.
AnnéePIB
Md€
Croissance nominaleCharge d'intérêts
Md€ (% du PIB)
Solde primaire
% du PIB
Déficit total
Md€ (% du PIB)
Dette
Md€
Dette
% du PIB
Taux apparent

Montants en milliards d'euros courants, arrondis : les additions peuvent différer d'une unité ; en 2026 et 2027, la variation de la dette dépasse un peu le déficit : le PLF comporte des opérations hors déficit, conservées en montant.

Simulation indicative, non une prévision. 2026 et 2027 reprennent le PLF 2027 (annoncé le 1er octobre 2026) : déficit total, croissance nominale et charge d'intérêts sont modifiables (la dette de fin d'année suit le déficit et la croissance que vous saisissez). Valeurs de départ : dette fin 2025 115,7 % (INSEE, base 2020) ; charge d'intérêts de 2027 estimée à 91 Md€ : la prévision 2026 des administrations publiques (74 Md€) augmentée comme la charge de la dette de l'État dans le PLF (59,3 à 72,9 Md€), hypothèse : les intérêts des APU évoluent comme ceux de l'État ; rapportée à la dette de fin 2026, elle donne un taux apparent de 2,50 %. À partir de 2028, le taux apparent monte progressivement vers le taux de marché choisi (par défaut le TEC 10 ans du jour, 4,90 %) : chaque année, 1/8 de la dette existante arrive à échéance (durée de vie moyenne de 8 ans, modifiable dans le code) et est refinancé au taux de marché, de même que le déficit. Ce paramètre pèse beaucoup sur le résultat. Courbe pleine : dette observée sur les dix dernières années (fin d'année, INSEE) ; courbe en tirets : simulation ; point isolé : dette observée à T2 2026, à comparer à la prévision de fin 2026.

Les zones colorées sont des repères historiques, pas des seuils théoriques. Aucun niveau de dette ne déclenche mécaniquement une crise (voir plus bas), mais on peut regarder ce qui s'est déjà produit chez des pays comparables à la France, qui empruntent en euros sans banque centrale nationale.

  • Zone orange, à partir de 130 % du PIB : niveau auquel la Grèce a perdu l'accès aux marchés en 2010. L'Italie est allée plus haut (158 % au plus, T1 2021) sans décrocher, mais sous tension durable et avec le soutien de la BCE.
  • Zone rouge, à partir de 215 % du PIB : c'est le record des pays comparés ici, détenu par Grèce (213 %, T1 2021). Ce niveau n'a été atteint que sous programme d'aide, avec une dette détenue en grande partie par des créanciers publics à taux très bas, et non par des investisseurs de marché. Aucun pays de la zone euro financé par les marchés ne l'a connu.

Hors zone euro, le Japon dépasse 250 %, mais il emprunte dans sa propre monnaie, auprès d'épargnants nationaux (voir plus haut) : ce n'est pas un précédent pour la France.

En laissant les valeurs de départ (le PLF 2027, puis la reconduction de 2027), on voit ce qui se passe si rien ne change après 2027 : la dette continue de monter tant que le solde primaire reste négatif, et d'autant plus vite que le taux dépasse la croissance. Faites glisser le taux sous la croissance, ou le solde primaire vers l'équilibre, et la trajectoire s'infléchit. Le dernier résultat donne, à partir de 2028, le solde primaire à atteindre pour simplement stopper la hausse, sans encore la faire redescendre, avec le déficit total correspondant. Les deux boutons de scénario comparent deux trajectoires à partir de 2028 : un déficit total maintenu au niveau du PLF 2027, et un déficit juste assez bas pour que la dette cesse de monter.

Y a-t-il une limite à l'endettement ?

Non, si l'on entend par là un pourcentage du PIB au-delà duquel un pays fait fatalement défaut. Oui, si l'on entend par là un point où les prêteurs cessent de lui faire confiance, et ce point dépend de bien plus que du ratio dette/PIB.

Le seuil de 90 % : une référence contestée

En 2010, les économistes Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont publié une étude concluant que la croissance ralentit nettement au-delà de 90 % de dette publique rapportée au PIB. Elle a beaucoup pesé sur les politiques d'austérité du début des années 2010. En 2013, Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin ont relevé une erreur de calcul et des choix de pondération qui atténuent fortement ce résultat. Aucun seuil universel n'a été établi depuis.

Les critères de Maastricht : une arithmétique, pas un optimum

Les 3 % de déficit et les 60 % de dette de Maastricht ne sont pas des seuils économiques : ils sont liés par un calcul. Avec une croissance nominale de 5 % par an, un déficit de 3 % stabilise la dette à 60 % du PIB (3 ÷ 0,05). Avec une croissance nominale de 3 %, le même déficit stabilise la dette à 100 % (3 ÷ 0,03). La croissance, davantage que le déficit lui-même, détermine où la dette se stabilise.

Ce qui compte vraiment

  • L'écart entre le taux et la croissance (r − g) : c'est lui qui décide si la dette s'allège ou s'emballe, comme le montre le simulateur ci-dessus.
  • Le solde primaire : un pays qui dégage un excédent primaire peut supporter un endettement élevé ; un pays qui cumule dette élevée et déficit primaire dépend de la bienveillance des prêteurs.
  • Qui détient la dette, et en quelle monnaie : le Japon dépasse 250 % du PIB, mais sa dette est détenue en très grande majorité par des résidents, libellée en yen, et sa banque centrale en détient une part importante. Les mêmes 250 % pour un pays qui emprunte en devise étrangère seraient intenables.
  • La crédibilité : la confiance est le vrai plafond, et elle peut basculer vite. La Grèce a perdu l'accès aux marchés en 2010 avec une dette proche de 130 % du PIB, quand l'Italie a tenu plus de dix ans autour de ce niveau, sous tension mais sans rupture.
  • Le filet de la banque centrale : en zone euro, aucun État ne contrôle sa monnaie. La BCE a construit, depuis 2012, des mécanismes d'achat de titres conditionnels (OMT, puis TPI en 2022) pour éviter qu'un emballement des taux ne devienne une crise de la zone. Ce filet est réel, mais il est conditionnel et non illimité.

La preuve par les pays voisins

data : Eurostat (dette brute des administrations publiques, % du PIB, trimestriel) et INSEE (France) · calculs et graphique : france-inflation.com

Le niveau de dette ne prédit pas seul les difficultés : l'Italie a longtemps vécu avec une dette bien plus élevée que celle de l'Allemagne sans décrocher, tandis que la Grèce a perdu l'accès aux marchés bien avant que sa dette n'atteigne des sommets. Voir aussi la comparaison détaillée.

La confiance des investisseurs : ce que disent les taux à 10 ans

Le taux auquel l'État emprunte est le thermomètre en direct de la confiance des prêteurs. Encore faut-il le lire en deux morceaux : la part que la France partage avec toute l'Europe, et la part qui lui est propre, mesurée par l'écart avec l'Allemagne.

Taux à 10 ans France (TEC10)4,90 %
Taux à 10 ans Allemagne3,60 %
Écart France – Allemagne1,30 point
Plus haut niveau de l'écart depuis23/05/2012

Situation au 01/10/2026. data : Agence France Trésor et Bundesbank · calculs : france-inflation.com

data : Agence France Trésor et Bundesbank · quotidien depuis 2006 · voir aussi les taux à 10 ans depuis 1970

Le niveau du taux et l'écart : deux signaux différents

Avec un Bund à 3,60 %, environ 73 % du taux français est commun avec l'Allemagne : c'est la hausse générale des taux en Europe, liée à l'inflation, à l'énergie et aux anticipations sur la politique de la BCE. Le taux d'un pays peut donc monter fortement sans que ses prêteurs doutent de lui. Le signal propre à la France, c'est l'écart : 1,30 point aujourd'hui, contre un pic de 2,25 point le 17/11/2011 depuis 2006.

Le contexte de septembre 2026, tel que le décrivent les analystes de marché : une hausse générale des taux liée à l'inflation et à l'énergie, et des facteurs propres à la France (déficit qui ne se résorbe pas, budget difficile à faire voter, échéance de la présidentielle de 2027). La part de chacun est débattue et personne ne peut la mesurer. À cela s'ajoute une détention des OAT par les non-résidents qui dépasserait désormais 50 %, ce qui rend le financement plus sensible à l'humeur des investisseurs étrangers (CNBC, 24/09/2026).

Le taux de marché pèse aussi sur la mécanique décrite plus haut : la dette existante a été empruntée en moyenne à un taux inférieur au taux actuel. À mesure qu'elle se refinance, le taux apparent tend vers le taux de marché. Le simulateur reproduit cette convergence : réglez le taux de marché visé et la durée de vie moyenne de la dette pour voir ce que cela donne, toutes choses égales par ailleurs.

Ce que disent les crises passées

La crise des dettes souveraines de la zone euro (2010-2012) est le précédent le plus proche : mêmes règles monétaires, mêmes prêteurs. Le graphique montre l'écart avec l'Allemagne de quelques pays, en moyenne mensuelle.

data : OCDE, taux d'intérêt à long terme (moyennes mensuelles), écart avec le taux allemand · la Grèce, masquée par défaut, écrase l'échelle : cliquez sur la légende pour l'afficher · calculs et graphique : france-inflation.com

PaysPic de l'écart 2008-2016 (points)Mois du picRetour sous 1 point
Grèce 27,39 02/2012 10/2024
Italie 5,19 11/2011 06/2025
Espagne 5,56 07/2012 02/2018
France 1,54 11/2011 08/2012

Moyennes mensuelles OCDE : les pics quotidiens sont plus élevés. Sur la série quotidienne de l'AFT et de la Bundesbank, l'écart France–Allemagne a culminé à 2,25 point le 17/11/2011 pendant la crise.

Les leçons de 2010-2012, et ce qui a changé depuis

  • La bascule est une affaire de vitesse et de confiance, plus que de niveau. Les pays qui ont perdu l'accès aux marchés (Grèce, Irlande, Portugal) ont vu leur écart exploser en quelques mois. L'Italie et l'Espagne ont été très près du décrochage, sans programme d'aide souveraine.
  • La spirale est auto-réalisatrice. Quand le taux monte, la charge d'intérêts augmente, la dette paraît moins soutenable, et les prêteurs exigent un taux plus élevé. C'est l'effet boule de neige du simulateur, appliqué à la confiance.
  • La banque centrale a fait la différence. L'écart des grands pays est retombé après la déclaration de Mario Draghi du 26 juillet 2012 (« whatever it takes ») et l'annonce, en septembre, du programme OMT, qui n'a jamais eu besoin d'être utilisé. Depuis 2022, le TPI joue un rôle comparable : il est conditionnel et il n'est ni automatique ni illimité.
  • La France de 2011-2012 a perdu son triple A (Standard & Poor's, 13 janvier 2012) et son écart est monté jusqu'à 2,25 point, sans jamais approcher les niveaux des pays sous programme. Elle a ensuite retrouvé des écarts faibles.
  • Le point de départ est plus haut qu'à l'époque : la dette était de 89 % du PIB fin 2011, elle est de 119 % aujourd'hui. Il y a donc moins de marge si la confiance se dégrade.

Ce qu'il faut surveiller

  • L'écart avec l'Allemagne, plus que le niveau du taux : il isole la part propre à la France.
  • La vitesse de variation : un écart qui s'élargit de plusieurs dizaines de points en quelques semaines est plus inquiétant qu'un niveau élevé et stable.
  • Le taux apparent de la dette : combien de temps avant que la charge d'intérêts ne rattrape le taux de marché.
  • Les adjudications de l'AFT et la position de la BCE : les deux endroits où une tension deviendrait visible en premier.

Aucun de ces indicateurs ne déclenche mécaniquement une crise, et aucun seuil ne dit à l'avance où se trouve le point de rupture. Le seul enseignement solide de 2010-2012 est que la rupture arrive quand on s'y attend le moins, et qu'elle est bien plus difficile à arrêter qu'à éviter.

Ce que dit l'histoire de la dette française

data : INSEE (dette au sens de Maastricht, % du PIB, base 2020 ; série rétrospective avant 1978) · calculs et graphique : france-inflation.com

La dette française est partie de 9 % du PIB en 1972 ; elle dépasse 40 % en 1992, franchit le seuil de 60 % de Maastricht en 1996, passe la barre des 100 % en 2020. Aucune série ne dit mieux que celle-ci qu'elle ne se réduit pas d'elle-même : quand elle baisse, c'est à cause de circonstances précises.

Quand la dette a-t-elle baissé, et pourquoi ?

  • Après la Seconde Guerre mondiale : l'inflation forte et des taux réels négatifs ont laminé le poids des dettes accumulées, sans effort budgétaire équivalent. La croissance des Trente Glorieuses a fait le reste.
  • Années 1970 : les taux réels restent faibles ou négatifs, la croissance nominale est forte. Le taux est inférieur à la croissance, la dette ne progresse presque pas malgré les déficits.
  • À partir des années 1980 : la désinflation et la hausse des taux réels retournent la situation. Le taux dépasse la croissance, et la dette entre dans la dynamique décrite plus haut.
  • Années 2010 : des taux très bas, parfois négatifs, allègent temporairement la charge, mais la dette continue de monter par paliers à chaque crise (2009, 2020).
  • Depuis 2022 : le retour de l'inflation et des taux remet la charge d'intérêts au premier plan.

Dans tous les cas, la dette n'a jamais reculé durablement sans que l'une de ces deux conditions soit réunie : une croissance nominale nettement supérieure au taux, ou un solde primaire durablement excédentaire. Le second levier n'a été mobilisé que rarement et brièvement en France (voir la page déficit) ; le premier dépend largement de facteurs que l'État ne contrôle pas.

Méthode et sources

Données. Dette publique au sens de Maastricht (dette brute consolidée des administrations publiques) en % du PIB : séries INSEE en base 2020 (trimestrielles depuis 1999, série rétrospective annuelle avant). Comparaison européenne : Eurostat, table gov_10q_ggdebt. Toutes ces séries sont lues dans la table apu_series, alimentée par le cron de la page dette.

Taux à 10 ans. Taux France : TEC10 de l'Agence France Trésor ; taux Allemagne : Bundesbank ; les deux sont lus dans la table data_jour (identifiant TX10A, quotidien depuis 2006). La comparaison entre pays utilise les taux d'intérêt à long terme de l'OCDE (table datas, moyennes mensuelles). L'écart est la différence entre le taux du pays et le taux allemand, en points de pourcentage. Les séries quotidienne et mensuelle diffèrent légèrement, leurs sources n'étant pas les mêmes : elles ne sont jamais mélangées dans un même calcul.

Formule du simulateur. d(t) = d(t−1) / (1 + g) + déficit(t), où d est la dette en % du PIB, g la croissance nominale du PIB et déficit le déficit total en % du PIB. Le déficit total est la somme de la charge d'intérêts et de l'opposé du solde primaire : déficit = r × d(t−1) / (1 + g) − solde primaire, avec r le taux d'intérêt apparent. Dans le simulateur, c'est le déficit total qui est fixé (maintenu au niveau de 2027, ou réduit pour stabiliser la dette) et le solde primaire qui en découle. Le déficit stabilise la dette lorsqu'il vaut d × g / (1 + g) ; dans le scénario « ramener le solde total à une cible en N années », le déficit passe linéairement du déficit de 2027 à la cible, puis reste à la cible. Par défaut, la cible est calculée, avec les hypothèses de départ de la page, pour que la dette se stabilise au niveau atteint à la fin de l'ajustement, niveau plus élevé si l'ajustement est étalé. Le solde primaire correspondant est alors conservé tel quel dans votre simulation : si vous changez la croissance, le taux de marché ou les chiffres de 2026-2027, la dette ne reste pas stabilisée, ce qui permet de mesurer l'effet de ces hypothèses ; une cible plus déficitaire laisse la dette monter, une cible moins déficitaire la fait baisser. Le taux apparent évolue selon r(t) = [A(t−1) × rdépart + (D(t−1) − A(t−1)) × rmarché] / D(t−1) (D : encours en milliards d'euros ; A : part de la dette de fin 2026 encore en circulation, qui diminue de 1/M par an jusqu'à zéro, M étant la durée de vie moyenne de la dette ; le reste de l'encours est au taux de marché). Pour 2026 et 2027, déficit total et croissance nominale sont ceux du PLF 2027 (modifiables) ; la dette, en milliards d'euros, augmente du déficit et d'un montant hors déficit constant, estimé pour retrouver exactement la dette du PLF (119,3 % puis 121,7 %).

Hypothèses. Les valeurs de départ sont la situation connue : dette fin 2025 (INSEE), déficit et croissance nominale de 2026 et 2027 selon le PLF 2027, taux apparent de 2027 = charge d'intérêts des APU estimée (prévision 2026, augmentée comme la charge de la dette de l'État du PLF) / dette de fin 2026. À partir de 2028, le déficit reste à son niveau de 2027 (scénario de base) ou est réduit (scénario de stabilisation). Croissance nominale et taux de marché visé sont des paramètres du lecteur, pas des prévisions : le taux de marché est pris constant, alors qu'il peut monter ou baisser. La simulation ignore les effets de retour (une dette qui monte fait monter la prime de risque, une austérité brutale peut réduire la croissance) : elle illustre une mécanique, elle ne prédit rien.

Limites. La dette brute ne tient pas compte des actifs détenus par l'État. Le renouvellement d'une part égale de la dette chaque année est une approximation : le rythme réel dépend de l'échéancier des titres et du niveau futur des taux, qu'on ne connaît pas. Le taux de croissance nominale inclut l'inflation, qui dilue la dette mais érode aussi le pouvoir d'achat des détenteurs.

Cette page est mise à jour automatiquement : chaque valeur affichée est lue en direct dans apu_series.

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